«D'ici 2035, l'Afrique sera un marché de deux milliards d'habitants»

24.03.2023
S.E. Smaïl Benamara, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République algérienne démocratique et populaire auprès de la Fédération de Russie, évoque les perspectives de l'Afrique au XXIe siècle et les avantages pour les étrangers qui font des affaires en Algérie.

Que pensent les habitants de votre pays de la Russie ?

L’image de la Russie dans mon pays est intimement liée à celle de l’Union Soviétique et du soutien que cette dernière a apporté au peuple algérien dans sa lutte de libération contre le colonialisme. Les Algériens gardent vivace le souvenir du soutien matériel et diplomatique dans les instances internationales pour la juste lutte pour le recouvrement de notre indépendance après 132 ans de colonialisme.

On garde aussi le souvenir de ce contingent de démineurs qui sont venus au péril de leur vie aider l’Algérie indépendante à déminer les milliers de bombes posées le long des frontières par l’armée coloniale à l’est et à l’ouest du pays.

Il faut retenir aussi les centaines de cadres algériens qui ont été formés dans les universités de l’Union Soviétique et de la Russie, par la suite, ainsi que les formateurs russes qui ont travaillé en Algérie dans de nombreux domaines et ont apporté leur contribution à l’édification de l’économie algérienne.

L’Afrique a été qualifiée de continent du XXIe siècle. Pourquoi pensez-vous l’Afrique soit appelée ainsi ?

Cette dénomination s’explique par plusieurs raisons. Tout d’abord, grâce à ses immenses richesses naturelles, que ce soit dans le domaine énergétique, dans le domaine minier, forestier, hydro-électrique, ou touristique. 

Cela s’explique aussi par son taux de croissance, par sa démographie et son potentiel humain constitué majoritairement de jeunes. En 2035, l’Afrique représentera un marché de deux milliards d’habitants, ce qui entraîne d’énormes besoins dans tous les domaines.

Enfin, cela est dû à la large marge de développement d’un continent qui reste à construire et qui dispose d’une population jeune, créatrice et enthousiaste.

Quelles sont les possibilités offertes aux entrepreneurs russes dans votre pays ?

Ces possibilités sont celles qui sont offertes aux opérateurs du monde entier et sont similaires à celles qu’accordent la législation algérienne aux opérateurs nationaux.

Une stabilité économique et un climat des affaires concurrentiel et propice aux investissements étrangers, favorisés par trois éléments :

-   l’adoption d’une nouvelle loi relative aux investissements qui offre aux potentiels investisseurs russes des incitations fiscales, parafiscales et douanières et plusieurs autres garanties ;

-   des avantages comparatifs, notamment des coûts de facteurs de production compétitifs et avantageux en termes de richesse en ressource humaines et naturelles, une énergie à bon marché, un réseau routier développé, des infrastructures de base et un personnel qualifié ;

-   sa position stratégique en Afrique car considérée comme portail d’accès aux marchés des pays africains, notamment dans le contexte de son adhésion à la zone de libre échange africaine (ZLECAF) 

On a l’impression qu’il existe des risques sérieux pour faire des affaires dans les pays africains, est-ce vraiment le cas ?

Il s’agit davantage d’un cliché que d’une réalité. Le marché africain est celui qui offre le plus d’opportunités pour les investisseurs car il est le moins saturé comparativement à d’autres régions du monde. Beaucoup de choses restent à faire en matière de facilitations et de simplification mais il y a sans nul doute un retour sur investissement conséquent et des avantages comparatifs non négligeables et qui augmenteront avec la mise en œuvre de la zone de libre-échange africaine.

Qu’est ce que votre pays attend de la Russie ? Dans tous les domaines

Ce que mon pays attend de la Russie, comme d’ailleurs de tout les autres pays, c’est la mise en place d’un partenariat équilibré, durable et synonyme d’un véritable développement. C’est pourquoi nous œuvrons à attirer davantage d’investissements et un meilleur équilibre dans les échanges commerciaux. L’investissement devrait se manifester par la création de sociétés mixtes, de manufactures de production industrielle et d’un véritable transfert de technologie.

Votre souhait pour que les Russes découvrent votre pays et le continent africain dans son ensemble ?

Mon souhait, c’est qu’il y ait davantage de touristes russes qui découvrent mon pays et l’Afrique en général, afin de mieux connaître la richesse et la diversité de nos cultures, de nos traditions et de nos sites touristiques. Pour cela, il faudra envisager l’allégement réciproque des procédures de visa et davantage de liaisons aériennes.

L’Algérie dispose de sites touristiques exceptionnels comme le désert du Sahara où l’on retrouve tous les ingrédients de découvertes exceptionnelles : des dunes de sable à perte de vue, des massifs montagneux comme le Hoggar, des fresques dans le Tassili datant de plusieurs millénaires, une culture diverse et un accueil hospitalier propre aux populations algériennes locales.